Indochine.
Oui, bon d'accord. Les débuts ne m'avaient pas beaucoup intéressée. Des intonations à peine différentes de ce qu'on pouvait entendre à l'époque (pop rock plutôt électro des années 80 aux débuts 90s). Voilà donc précisément ce que j'en avais retenu : il y avait ces dièses qui se promenaient un peu partout sur le clavier, renvoyant des images de quelque exotisme, puis des textes provocateurs et très libres. La règle est qu'il n'y a pas de règle à respecter, à la manière d'un ado qui n'a rien à faire de ces règles établies mais tout à oser et à transgresser.
J'avais fait le tour des premiers albums où les ambiances et les messages restaient généralement les mêmes. Personnellement, je pense que cette première période d'Indochine fut consacrée presque exclusivement au sujet : la liberté du sexe et, en passant, la révolution sexuelle des femmes. Rappelez-vous qu'en ce temps là, la femme s'émancipait, se voulait l'égale de l'homme sur tous les plans... Cela avait donné naissance à plusieurs chansons phares entre autres : Jean-Jacques Goldman "Elle a fait un bébé toute seule", Serge Lama "Les Marie-France", Michel Sardou "Etre une femme", Cookie Dingler "Femme libérée", Mylène Farmer "Libertine". Qu'est ce qu'Indochine pouvait apporter de plus dans ce formidable hymne à la liberté des femmes ? La défense de la liberté des homosexuels (ex: "Canary Bay", "3ème sexe"... etc), et un gros écart par rapport à ce qui se faisait musicalement en France. Indochine se voulait marginal, complètement au large par rapport à la "chanson française" ou au rock US des années 1980. Les débuts d'Indochine s'inscrivaient davantage dans l'expérimental, l'électro, punk, un peu rock, un peu pop, et c'est cela qui a démarqué le groupe mais l'a aussi desservi par la suite.
Je crois qu'Indochine avait (délibérément ou non) choisi de s'adresser aux adolescents et adolescentes peut-être parce que leur musique exprimait avant tout une révolte continue : celle des sentiments, des désirs, des idées, envers et contre tout, pourvu qu'ils soient fidèles à l'esprit toujours critique et en éveil, celui de la liberté individuelle. Ainsi Nicola Sirkis (leader et âme du groupe Indochine) précise par exemple dans le numéro Hors série de Rolling Stone de juin-juillet 2010 qu'il fut militant chez Amnesty International jusqu'au moment où ceux-ci "ont décidé de ne plus défendre les prisonniers homosexuels, sous prétexte que ce n'était pas des prisonniers politiques. (...)" et de continuer : "C'est pour ça que j'ai dédié l'album Alice & June aux quarante homosexuels du Caire, qui ont été arrêtés à l'époque".
A y regarder de près, le discours d'Indochine n'est pas une sorte de produit marketing dédié aux ados. Il se trouve seulement que la plupart des adultes sont "blasés", réfractaires au genre, comme moi-même, s'attardent beaucoup sur la forme (le style musical, le look) et ne perçoivent donc pas le contenu, le fond. Les punks m'horripilent, leur musique c'est du bruit (pour mes oreilles). Dans les années 80s, Indochine ne fait pas du punk mais n'en est pas loin. Je trouvais donc qu'il y avait un bon équilibre entre les textes et la musique, toujours égal, trop léger à mon gout et puis ça s'arrêtait là.
Alors je n'ai plus écouté du Indochine depuis une bonne douzaine d'années. Sauf qu'un beau jour, un petit garçon de 8 ans vient me dire "tu dois absolument écouter ça, c'est trop !". "Ok, c'est du Indochine, je connais, et je n'aime pas vraiment..." que je réponds. Le garçon me regarde d'un air ahuri et insiste : "non, ça doit pas être le même groupe, écoute ça... Le grand soir, Un ange à ma table, Le lac, Je t'aime tant, Little Dolls ... tu vas adorer !". Et en effet.
Le style est toujours le même, c'est du Indochine avec cette même signature de quelques dièses qui surgissent ça et là (l'exotisme est de rigueur !), la même voix (un peu plus posée, grave peut-être ?). Cependant les textes ont investi de nouveaux espaces, la musique les y a suivi. C'est plus profond. Il y a cette maitrise parfaitement parfaite du son "pur" qui peut se jouer sur 5 à 10 notes : Indochine n'a pas besoin de faire étalage d'un milliard de triples croches, de minutes qui s'allongent en gratte inutiles, pour transmettre une émotion. Le chanteur Nicola Sirkis n'a pas besoin non plus ni de faire montre de prouesses vocales impossibles ni de complexifier ses textes. Simplicité et efficacité réunies. Je comprends donc pourquoi ce garçon de 8 ans fut séduit par le groupe. Cela m'explique aussi en partie pourquoi le monstre sacré a pu séduire des millions de jeunes, jeunes aux années 80s, aux années 2000 et 2010 ... L'autre partie peut s'expliquer par le fait que le groupe a été remanié plusieurs fois depuis sa création, permettant cette longévité. Excepté le leader, tous les membres du groupe ont été "remplacés" (voir lien ci-dessous sur Wikipédia, pour les détails).
En regardant en arrière, je pense qu'Indochine faisait de l'expérimental (et en fait toujours), essayait des sonorités nouvelles mais se fichait pas mal de leurs portées, de leur intégration dans un tout, cela me donnait l'impression que ça "partait dans tous les sens", du moins sur le plan musical. Sur les deux derniers albums d'Indochine ("Alice et June", 2005 et "La République des Météors", 2009 ) il y a indiscutablement un fil conducteur. Prémices d'un 12ème album, et d'autres qui suivront ?
Indochine a reçu la Victoire d'honneur aux 26ème Victoires de la musique (février 2011). Il a connu sa période noire pendant les années 90s et est revenu sur les devants de la scène rock française en 2000.
Plus d'info sur le groupe sur Wikipédia ou sur le site officiel.
Commentaires (0)
Aucun commentaire pour l'instant, soyez le premier à laisser un commentaire.