Les métamorphoses de Nicolas Fraissinet


Nicolas Fraissinet nous propose une chanson française en pleines métamorphoses. Ce nouvel album  « Les métamorphoses » de l'artiste franco-suisse, qui sortira le 10 mars en Suisse et en avril prochain en France et en Belgique, porte bien son nom.


Certes, c'est de la chanson française, mais est-ce celle de Ferré, de Barbara ou de Bénabar ? de Jeanne Cherhal ou de Julien Clerc ? Un peu tout ça, par ces poèmes intemporels mis en musiques intimes, douces, mélancoliques ou rageuses et révoltées, et le piano omni-présent pour accompagner tous ces états d'âme. C'est également la chanson de Brassens, de Bénabar (encore), de Camille, de Thomas Fersen ou de Souchon, avec une densité du propos, des propos aux thèmes aussi vastes qu'inattendus : sur Mr Endormi, le somnambule, Mme La Grâce, Mme La Délivrance, Mr Fragile celui qui se dédouble, Mme Méduse cette part d'ombre ... -et par rapport au 1er album « Courant d'air» celui-ci traite davantage de thèmes plus abstraits. Pourquoi je trouve également des influences ou ressemblances avec la chanson de Gainsbourg, de Camille ou de Benjamin Biolay ? Simplement parce que comme ces chanteurs, Nicolas Fraissinet use volontiers de refrains, conférant un air de chanson populaire, disons presque de chansonnette, à ses morceaux, ce qui à mon sens rend ceux-ci plus fluides et faciles à digérer (exemple "Sea, Sex & Sun", "Aux armes etc" de Gainsbourg, "La douleur" de Camille ou "Dans la Merco Benz" de Biolay) ; et ce sont de beaux refrains qu'on peut rencontrer sur cet album par exemple dans « La métamorphose du papillon », « Fragile », « Les Pudeurs Obscènes » ou de « Somnambule ».

 

 

Chez Nicolas Fraissinet les chansons sont des bouts de films, avec des angles de vues multiples, sur des morceaux de vies multiples.

L'auteur adopte des personnages issus du monde marin (par exemple ici la méduse ou le poulpe, dans le premier album le pingouin) ou autres créatures (araignée et papillon) pour grossir les traits de nos propres caractères ou comportements, nos histoires à nous, humains. Il y a ce procès de la méduse, superbement mis en scène. Il y a l'histoire de ce poulpe, représentation parfaite d'un être "différent" qui va à contre sens (je ne sais pas pourquoi ça me fait penser à quelqu'un atteint d'autisme, bizarre hein...). Certains titres peuvent se prêter facilement à des représentations sur scène, sous forme de comédie musicale.

Et musicalement, c'est intéressant aussi ! L'intensité dramatique se joue progressivement dans les morceaux classiques (« Méduse ») mais de manière totalement différente dans les autres morceaux. Par exemple, ce sont ces airs légers, sur des rythmes soutenus ou accords de guitare/piano presque dansants, qui font d'autant plus ressortir ce côté sombre d'une basse profonde, un violoncelle, un violon ou une voix qui monte aux aigus, chargées d'émotion. Ces écarts qui s'opèrent ainsi au sein d'une chanson lui donnent du relief, de la teneur, et une complexité aussi (entre parenthèses, celui qui réussit le tour de maitre avec des airs "légers" et un texte plus explicite et extraordinairement sombre, c'est Raphaël Haroche, par exemple sur « Le Bar de l'hôtel »). 
De leur repère classique, les morceaux vont également se projeter dans d'autres styles musicaux comme sur la ballade « Le voyageur » avec des pointes de guitare blues, ou encore « L'araignée du soir » ou « Les heures adolescentes » qui sont finalement très rock. Dans « Pensées Poulpes », le rythme des notes virevoltantes ne vous trompe pas, ce morceau est bel et bien rock, malgré les notes résolument classiques accrochées au piano, et à la voix du chanteur. Mais Nicolas Fraissinet ne cherche pas à se débarrasser du classique, au contraire, il l'affirme dès l'ouverture de cet album  avec « Morphinae Anaxibia », ou avec les titres « Méduse » et « La Grâce » ou encore « Le Sourire De Ma Mère ». Ce qu'il réussit finalement par cet album, c'est la réhabilitation de la musique classique au sein de la mouvance pop/rock que connait la chanson française actuellement. 

A noter ces très beaux passages :

  • Le contre-temps dans « Les Pudeurs Obscènes » qui rappelle un peu le morceau  « Reviens » ou encore « Avec le vent » de l'album précédent
  • Ces violons dans « Somnambule » ou « La Grâce » : dans le premier les violons évoquent des musiques plus orientales, celles des mondes oniriques des mille et une nuits ou (sans aller chercher aussi loin !) de quelques nuits bohèmes, de contes d'une Vienne enchantée, ou encore d'une Marche Perse (j'avoue qu'il m'a fallu 2, 3 jours pour remettre la main sur ce disque et ré-écouter cette "Persian March" de Johann Strauss, retrouvé, ouf !) ; dans le second titre on dirait un clin d'oeil à Albinoni ("The Trial"). Très très très très beaux morceaux donc.
  • Violons qui s'enflamment également retrouvés sur les refrains des « Pudeurs Obscènes » 
  • « Le Voyageur » : sur le piano-guitare-voix, il y a des traces de Maxime Leforestier, juste avant le refrain
  • Les interludes sont "somptueux" !

Avis : excellent 2ème album, l'addiction est garantie comme au 1er.

Commentaires (1)

1. Luis Rédersdorff 10/03/2011

Bonjour, Je voulais vous demander quand l'album les métamorphoses allait parraître sur Itunes..

Merci
Meilleures Salutations
(Réponse de BMS envoyée par e-mail !)

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